Dans la 2e partie de son interview, Jean-Michel Franco, Directeur Solutions chez Business & Décision, détaille les défis qui accompagnent la diffusion de la BI au sein de l’entreprise.

Vous nous avez décrit les entreprises comme plus matures face à la BI : cela s’accompagne-t-il également d’une diffusion des outils à différents niveaux ?

La proximité de la BI au sein des entreprises était insuffisante. Avant, l’outil BI ne concernait qu’une seule population d’utilisateur. Ces dernières années, le pourcentage de personnes équipées d’outils BI n’a que peu évolué. Nous avons été sur des chiffres de l’ordre de 21% en 2009 et de 23% en 2011 pour les grandes entreprises. Mais par rapport aux besoins des entreprises et aux aspects du marché, un accélérateur est vraiment nécessaire.

Des changements ont cependant eu lieu.

Les entreprises ont souvent mis en place beaucoup d’automatisation, par rapport au back-office, grâce aux ERP, aux CRM… Le rôle de certaines personnes travaillant avec ces outils s’est modifié : ils n’ont plus à faire des transactions et à rentrer des codes toute la journée. Le temps libéré peut être investi dans les forecasts, la planification, l’analyse.

Cette partie-là est malheureusement encore très artisanale et un travail est nécessaire pour harmoniser les niveaux et les capacités d’analyse prédictive. Le nombre de personne qui fonctionne avant tout avec des tableaux Excel est encore très élevé dans les entreprises à l’heure actuelle. Il y a des gains de productivité à faire.

Qu’est-ce qu’implique cette diffusion de la BI ?

Il y a des besoins supplémentaires de cohérence, de gestion de la qualité de l’information et de coordination. Il faut que la prévision de vente soit cohérente avec le budget, que le CA annoncé soit le même partout…

Il faut maîtriser la qualité des données, c’est un enjeu majeur.

Tout cela doit également s’accompagner par une gestion de changement. Dans le film « le Stratège » sortie dernièrement, une équipe de baseball fixe toute sa stratégie sur le fait d’avoir les bonnes techniques de recrutements, basées sur les statistiques. Les protagonistes disent qu’ils ont réussi à transformer les chiffres en langage.

De la même façon, il faut réussir à avoir un langage commun pour faire fonctionner l’entreprise et mettre tout le monde d’accord sur les enjeux communs. C’est un challenge qui n’est pas des plus faciles.

La BI est-elle donc un outil de communication à part entière, plus qu’un outil individuel ?

Actuellement cette dimension de communication est plus une tendance qu’un acquis. Nous voyons émerger le « décisionnel collaboratif » au sein de la BI. Il s’agit du principe d’une prise de décision en commun, qui implique par exemple de se mettre d’accord sur les chiffres du budget, de discuter ensemble et d’ajuster les prévisions.

C’est un sujet compliqué,  qui englobe ce que je présentais comme la « gestion du changement ». En France, en effet, la décision est souvent vue comme un sport individuel. La culture d’entreprise doit progresser pour continuer à aller dans ce sens.
Lire la première partie de l’interview de Jean-Michel Franco : « Les entreprises sont plus matures sur le sujet BI«